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« Je veux devenir journaliste » : 5 conseils d’un ancien pour réaliser son rêve

Dernière mise à jour : 4 avr.



conseil pour devenir journaliste
Conseils d'un ancien pour devenir journaliste Jean-Baptiste Giraud, ESJ 1994


Ne tournons pas autour du pot : certains rêvent de « devenir journaliste » comme d’autres de devenir médecin, avocat ou soldat. Le journalisme fait partie de ces métiers passion, passion qui parfois se révèle dès le plus jeune âge.

 

Autrefois, tenir un journal personnel, prendre les photos de la famille, écrire sur tout et n’importe quoi et surtout être curieux de tout étaient des signaux objectifs de prédisposition pour le métier de journaliste. Participer ou mieux encore, créer le journal de son école, ou des scouts, confirmaient qu’il, ou elle, avait « le journalisme dans la peau ». Aujourd’hui, créer et animer un blog thématique ou encore sa chaîne Youtube, et connaître un certain succès d’estime sont les nouveaux signes d’une prédisposition au métier de journaliste.

 

Mais à côté de l’envie, voire, de la passion, il ne faut pas négliger d’autres paramètres essentiels pour réussir son rêve de devenir journaliste. Voici donc 5 conseils donnés par un grand ancien, diplômé de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris en 1994, et qui a reçu en 2024 sa 30e carte de presse, numérotée 79333…. En résumé, si vous cherchez des conseils pour devenir journaliste, vous êtes au bon endroit.

 

 

S’intéresser à l’actualité : le premier conseil pour devenir journaliste

 

Vous pensez que j’enfonce une porte ouverte ? Détrompez-vous. Les étudiants en journalisme que je forme depuis une petite dizaine d’années, et dont beaucoup sont aujourd’hui en poste dans de grands médias, avaient tous le même défaut en début d’année. Ils n’étaient au courant de rien ! Quand je leur parlais de n’importe quel fait d’actualité majeur du moment, ou du jour même, rares étaient ceux à être... au courant ! En réalité, les apprentis journalistes que j’ai croisé dans ma carrière se répartissent en deux catégories :

-          Ceux qui n’écoutent pas la radio, ne lisent pas de journaux, même sur leur smartphone (qui représentent aujourd’hui plus de 70 % de la lecture en presse écrite) et ne regardent pas ou rarement les infos / les chaînes info à la télévision. J’en oublie les magazines, qui sont totalement sortis de leurs radars. Pour ceux-là, il y a tout à faire : cela signifie, inscrire dans la routine de sa journée du temps pour s’informer. Et pas deux minutes ! Être journaliste, c’est être curieux de tout, s’informer de tout. Bien sûr, si vous n’aimez pas le sport, ou l’économie, vous pouvez décider de faire l’impasse. Mais n’être au courant de rien, ne rien lire, voir, écouter n’est pas concevable ! Et, non, je vous interromps tout de suite : TikTok Instagram et Twitter ne remplacent pas les médias traditionnels. Au mieux, ils les complètent !

-          Ceux qui consomment des médias, mais n’enregistrent rien. Ils sont dans la pièce où la radio ou la télé est allumée, ils lisent un peu la presse, mais... ne retiennent pas les informations qu’ils ont lues, vues, entendues. Pour ceux-là, c’est un autre problème. Quand on est journaliste, et que l’on consomme des médias, il faut se concentrer, pour mémoriser ce qui peut être utile. Un nom, un chiffre, une explication, doivent entrer dans votre crâne pour pouvoir être restitués un jour prochain, ou connectés à une autre information !


Mon père me disait, jeune, « l’intelligence, c’est l’art d’établir des rapports entre les choses ». Je n’ai pas retrouvé l’auteur de cette citation, j’en déduit de manière empirique qu’elle lui appartient, au moins, en partie.


Mais j’ai envie de la déformer pour vous et vous dire :

 « Le journalisme, c’est l’art d’établir des rapports entre les choses ». J’ose ajouter, des rapports pertinents. Ça, c’est le résultat, à la fois de la pratique, et de l’expérience…

 

Être curieux, le deuxième conseil pour devenir journaliste

 

Si cela vous paraît évident, alors, tant mieux. Si vous n’en aviez pas conscience, il est temps de s’y mettre. Oui, le journaliste doit être curieux de tout, tout le temps. Quand il sort dans la rue, « tout est info ». Une pancarte, un panneau qui n ‘étaient pas là la veille, c’est une info. Une voiture que l’on n’a jamais vue, c’est une info. Un nombre anormalement élevé de publicités d’agences immobilières aux fenêtres, ou plusieurs magasins avec le rideau tiré dans une rue commerçante, c’est une info.


Quand on est journaliste, l’info est en permanence sous nos yeux, encore faut-il être en mode « REC », enregistrement, comme la caméra automatique de tableau de bord, dont certains véhicules sont équipés aujourd’hui. Mais ensuite, contrairement à cette caméra dont on ne retire la carte mémoire qu’en cas d’accident, il faut être capable de « dérusher » les images 24h sur 24. Cela veut dire que ce que vous avez vu, « enregistré » doit vous servir à trouver des idées de sujets, ou à enrichir un article ou un reportage. Aujourd’hui, demain, dans un mois ou dans un an ou trois.

 

Quand Google est arrivé, puis, que le téléphone mobile s’est banalisé, et ensuite, l’iPhone, le smartphone, les journalistes ont pris la vilaine habitude de sortir de moins en moins. Il faut dire aussi que les exigences en matière de productivité, dans les médias, ont augmenté proportionnellement aux évolutions technologiques.  Résultat, beaucoup de mes confrères manquent d’occasions d’être curieux. Plus ennuyeux, et je ne vais pas me faire que des amis, certains pratiquent ce métier comme l’on va à l’usine, et « débranchent » quand ils ne sont pas au travail ! En réalité, je pense tout simplement qu’ils ne sont pas curieux. Voyez, c’est rassurant d’un certain côté : il est possible de devenir journaliste sans être curieux, mais pour moi, c’est non seulement un mieux, mais c’est inhérent à notre métier, à la fonction.

 

 

Être débrouillard : le troisième conseil pour devenir journaliste

 

Un de mes premiers rédacteurs en chef disait de moi « Giraud, s’il ne parvient pas à rentrer par la porte, il rentrera toujours par la fenêtre ». Vous voyez l’idée. Un journaliste doit être capable de contourner le barrage de police ou de gendarmerie, dans une manifestation, pour s’approcher du cœur de l’action, des leaders politiques ou syndicaux qu’il veut et doit interviewer. Si l’accès lui est refusé dans une conférence de presse parce qu’il n’est pas accrédité, il se faufilera avec un confrère, ou entrera par la porte de derrière. Impossible d’aller au village coupé du monde à cause d’un éboulement ? Qu’à cela ne tienne : il ira interviewer ses habitants en grimpant sur la montagne.


Le reporter de terrain, le reporter de guerre, sont l’archétype même du journaliste débrouillard. Mais un journaliste qui enquête sur une affaire de corruption, ou de pollution sournoise, se doit aussi d’être débrouillard, pour accéder aux documents interdits, interviewer les personnes qui n’osent pas parler.Être débrouillard, cela signifie aussi connaître les outils du métier sur le bout des doigts. Un journaliste qui ne sait pas ouvrir une pièce jointe corrompue, récupérer une image endommagée, retrouver un contenu enfoui au plus profond d’Internet, n’est pas, débrouillard. Un journaliste qui ne sait pas corriger le profil colorimétrique d’une image, réparer une caméra en panne, charger une batterie avec un chargeur différent de celui d’origine ou… dépanner une voiture de reportage en carafe, n’est pas, débrouillard. 


Ma génération (les années 1980, 1990..) a été biberonnée à Mac Gyver et Inspecteur Gadget (et accessoirement Huggy les bons tuyaux, dans Starsky et Hutch). Je n’ai pas « la réf » des personnages de série ou de dessin-animé qui sont débrouillards aujourd’hui sur Netflix, mais allez voir ce qu’ils incarnent.  Si vous ne savez rien faire en informatique, si vous n’êtes pas bricoleur, si vous n’êtes pas un peu filou, alors, il est temps de vous y mettre sérieusement.

 

Être idéaliste, le quatrième conseil pour devenir journaliste

 

Oui, le journaliste se doit d’être idéaliste. Ce n’est pas un hasard si Tintin, Clark Kent, Lefranc, et des dizaines d’autres de personnages, héros de fiction célèbres, sont à la base journalistes ! C’est bien parce qu’ils défendent des idéaux, des valeurs, souvent les mêmes : audace et courage, justice et défense des opprimés, et toujours, cette envie de changer le monde, ou de le protéger contre ceux qui veulent le changer en mal.


La question de la neutralité des journalistes et des médias revient souvent sur la table. Mais c’est une vaste blague ! En réalité, tout un chacun sait bien quelle « ligne de pensée », quel « courant politique », tel ou tel média incarne ou défend. Y compris les médias de service public. Qu’à l’intérieur, il y ait des journalistes (et d’autres métiers qui contribuent aussi à faire ce que le média est) qui ne soient pas « en phase » avec la ligne de leur média est une excellente chose. Mais au final, tous les journalistes, de toutes les spécialités, ont leurs opinions personnelles, et les expriment plus ou moins habilement dans leur production journalistique, au quotidien.


Oublions un instant la politique : Le critique gastronomique (je pense à quelqu’un…) allergique à la cuisine italienne après un chagrin d’amour provoqué par une bella de la péninsule ne pourra pas s’empêcher d’oublier de parler de certaines tables, inconsciemment. La journaliste santé fan de médecine alternative ou d’homéopathie, ne pourra pas s’empêcher d’en faire la promotion, quand bien même l’Académie de médecine est très critique à leur égard, et les preuves de leur inefficacité s’accumulent. Le journaliste sportif, originaire de Marseille, aura toujours au fond de son cœur une préférence pour l’OM, et le sarcasme facile pour les Parisiens. Vous en voulez d’autres, ou vous saisissez l’idée ?

 

Donc si vous voulez être journaliste, surtout, surtout, ayez des idées. L’école de journalisme vous apprendra simplement à faire la part des choses, à distinguer les faits, de l’opinion, et surtout, de votre opinion. Elle vous apprendra aussi les bases de l’éthique et de la conscience professionnelle. Journaliste idéaliste, oui, mais surtout, journaliste honnête et juste.

 

Être bosseur, le dernier conseil pour devenir journaliste

 

Ah. Les choses se compliquent un peu. Contrairement à ce que certains pourraient penser ou même dire, notamment, sur les réseaux sociaux, avec d’autres messages bienveillants sur la profession et ceux qui le pratiquent, le métier de journaliste n’est pas un métier de flemmard. Bien sûr qu’il y a des planqués dans certains grands médias dont la production n’atteint pas le dixième de celle d’un modeste pigiste. Mais en général, le journaliste, il bosse. Déjà, comme le boulanger ou le conducteur de train, ou les agents d’EDF qui travaillent dans les centrales, et des millions d’autres français en réalité, le journaliste travaille le soir, la nuit, le week-end, mais aussi, pendant les vacances scolaires, les jours fériés, et même le 1er mai. C’est inhérent au métier ! Une radio, elle diffuse ses programmes 24h sur 24 et 7 jours sur 7. Et si elle diffuse de l’info, il faut un journaliste pour donner les nouvelles tard le soir ou tôt le matin. En général, dans les grandes stations en tout cas, l’équipe du soir passe le témoin à celle du matin, ou se croise à quelques poignées de minutes près. Évidemment, avec le web, les mêmes causes produisent les mêmes effets. On travaille aussi tous les jours dans la presse écrite pour faire tourner le site Internet. Et c’est pareil bien sûr à la télévision.

 

Ensuite, notre métier est réputé pour son amplitude horaire. Bien des journalistes savent quand leur journée commence (et encore, parfois, elle démarre plus tôt que prévu, pour assister à une conférence de presse ou réaliser un reportage), mais ne savent pas quand elle se terminera. J’ai reçu voici quelques jours un mail, le premier de ma carrière, me demandant comment on faisait pour les heures supplémentaires. J’avoue ne pas avoir su quoi répondre. C’est inhérent à notre métier de déraper, quand l’actualité l’exige ! Après, il y a des procédures pour rattraper ces dérapages. Des « récup » formelles, des « récup » informelles. Mais je vous dirai bien, quand on choisit ce métier, on sait à quoi s’en tenir.

 

Enfin, dans notre métier, on « pisse de la copie », on « crache du bobino » on « monte à la chaîne ». L’économie des médias, leur état de santé si vous préférez, est depuis longtemps tellement précaire, que bien entendu, les contraintes en matière de productivité qui pèsent sur les épaules des journalistes font partie du métier. Heureusement (ou malheureusement) les nouvelles technologies, et les outils associés, ont beaucoup contribué à faciliter le travail des journalistes. Gardez en tête qu’un journaliste d’une cinquantaine d’années comme moi, qui a reçu sa première carte de presse en 1994, a commencé en tapant ses papiers à la machine à écrire (électrique), a fait ses premiers reportages sur un magnétophone à bandes, le fameux Nagra, a connu le téléphone mobile Sagem qui était en fait une valise GSM portative, et cherchait un article non pas sur le web, mais sur le Minitel, sur 3617 REVUPRESSE, à 5,57 F la minute. Ah, et l’AFP, c’était un télescripteur, une imprimante à picots (Panasonic KX-P1080). Aujourd’hui, un bon smartphone, c’est tout à la fois un studio de télévision portatif 4K, avec son émetteur, un appareil photo, un dictaphone (ou un Nagra) et une machine à écrire avec les pouces. Et si vous ajoutez l’appli « ChatGPT » en prime… Mais je m’égare !

 

Voici donc les 5 conseils pour devenir journaliste demain. Si vous cochez toutes les cases, tout va bien. Si vous n’en cochez aucune, tout va mal. Entre les deux, et bien, il est temps de vous y mettre pour essayer de les cocher toutes !

 

Jean Baptiste Giraud


PS : cet article a été entièrement écrit « à la main », à l’ancienne. En revanche, j’ai demandé à ChatGPT de revoir mon orthographe et ma grammaire, par sécurité, ainsi que mon travail de référencement SEO. Il m’a recommandé de modifier mes intertitres (qui étaient déjà pas mal) et d’ajouter cette phrase à la fin : En suivant ces conseils pour devenir journaliste, vous aurez déjà fait un grand pas vers la réalisation de votre rêve.

 

 

 

Jean Baptiste Giraud

Promo ESJ 1994

Directeur de la rédaction d’EconomieMatin

Passé par Radio France (2 ans), BFM (10 ans) TF1 (3 ans), (RTL (4 ans) Sud Radio (2 ans), Atlantico…

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